Interview - Nicolas Dominique : "Il y avait ce paradoxe entre un pays [le Pérou] et qui connaissait peu notre langue mais chantait nos morceaux en français"

N. Dominique/ Photo : Dominique (2013)
Après un quart de siècle d'avoir visité le Pérou, Nicolas Dominique le maître de l’identité sonore d’Indochine répond aux questions d’Indochine Perú. Il nous dit la raison de son départ du groupe Indochine, de leur visite au Pérou en 1988, de leurs œuvres musicales, etc. Et la possibilité de retourner au Pérou avec son nouvel album Solo. Sortie prévue pour le début 2014.

Indochine Perú (IP) : Dominique à mon avis, jusqu'à maintenant vous avez trois étapes principales dans votre parcours : celle avec Indochine, celle avec la collaboration avec des autres artistes et aussi à la production des documentaires, on parle nettement de "Les carnet d'un moucheur" et, puis celle avec votre nouvel album solo que sortira bientôt. Vous pouvez ajouter quelques choses ou avez-vous des précisions à faire?

-Dominique (Dom) : Non, je crois que c'est bien résumé même si effectivement la période Indochine fut forcément la principale et la plus intense. Et aujourd'hui c'est la composition de mon album Solo qui est très importante pour moi. J'ai retrouvé l'envie et toute la spontanéité de composition que j'avais aux tous débuts du groupe, c'est assez incroyable, je ne m'attendais pas forcément à ce que ce soit si intact en moi.

IP : D’accord. Donc nous allons commencer pour l'avant 1980. Avant de co-fonder Indochine : Comment et à quel âge avez-vous commencé à faire de la musique?

-Dom : En 1978 après avoir vu la scène Punk française et anglaise en concert, j'ai eu envie de faire du Rock. J'ai acheté une guitare et une boite à Rythmes, très vite j'ai joué avec divers groupes de Rock sans un but vraiment précis, si ce n'est passer de bons moments avec mes potes à faire de la musique.

IP : Quels musiciens ou groupes ont étés votre source d'inspiration dans votre carrière?

-Dom : Les musiciens ou groupes qui m'ont inspiré et donné envie de jouer sont : The Clash, La Scène Punk 77, Kraftwerk, la new-wave indie des 80, Serge Gainsbourg et beaucoup d'autres...

IP : Il y a 25 ans (1988 - 2013) que vous avez été au Pérou avec le groupe Indochine pour donner 4 concerts magnifiques à El Amauta, quelques années plus tard vous avez composé "Bienvenue chez les nus". Pourriez- vous dire quelques mots sur cette chanson?

-Dom : L'expérience que nous avons vécu au Pérou a été très particulière, c'est même une expérience assez atypique parmi toutes celles que nous avons pu connaître avec le groupe. Il y avait ce paradoxe entre un pays qu'on ne connaissait pas et qui connaissait peu notre langue mais qui aimait et chantait nos morceaux en français. C'était fou ce que nous ressentions sur scène tant l'osmose avec le public était totale quand les autorités, elles, étaient très méfiantes sur les messages de nos chansons... C'est un peu tout ça que nous avions voulu mettre dans Bienvenue Chez Les Nus quelques années après avec le texte de Nicola et ma musique. Les visages, les endroits, toutes les choses belles et fortes qu'on a reçues du public et qu'on a gardées dans nos têtes.

Indochine- Bienvenue Chez Les Nus
IP : Lorsque j'ai lu des informations en français et en espagnol, dans le deux cas il y a des erreurs ou des désinformations*, donc j'aimerais savoir : Avez-vous été à la citadelle Machu-Picchu (Cusco) ou en Amazonie (Iquitos)?

-Dom : Lors de la venue d'Indochine au Pérou en 88, après Lima, je suis allé en Amazonie à Iquitos avec Nicola & Dimitri. Stéphane lui était allé à Cusco à la citadelle Machu Picchu avec des amis.

IP : Êtes-vous déjà retourné au Pérou ? ou avez-vous envisagé votre retour?

-Dom : Non je n'ai plus eu l'opportunité de retourner au Pérou depuis 88 mais qui sait peut-être que j'y retournerai un jour en solo...

IP : Apres 25 ans de la visita au Pérou. Quel est votre bilan? 

-Dom : Après pour le bilan il est plus que positif, je ne vais tout de même pas me plaindre d'avoir eu à vivre cette fabuleuse aventure pendant 15 ans, nos chansons sont devenues des classiques français. C'est fou quand j'y pense ! Je prends ça comme un jeu auquel on aurait gagné car la musique c'est avant tout du plaisir, il y a une part de chance et « le bon moment au bon endroit » dans tout ça, même si au delà il y a eu beaucoup de travail pour que nos albums soient les plus réussis et les plus personnels possibles.

Après comme dans toute aventure aussi importante il y a eu aussi quelques mauvais côtés, des tensions, des concessions... mais finalement l'important c'est qu'au moins musicalement nous avons su et pu imposer de ne pas faire de concessions, nous ne faisions rien écouter aux labels ou autres tant que nos titres n'étaient pas terminés. Le public qui nous suivait y est pour beaucoup dans le sens où les labels savaient que nos disques étaient attendus et que notre style plaisait, alors ils nous foutaient un peu la paix et nous laissaient écrire et composer comme nous l'entendions.

C'est d'ailleurs toujours exactement comme ça que j'ai travaillé aujourd'hui pour composer et écrire l'album solo, en binôme uniquement avec Noël Matteï qui a écrit les textes de l'album.

J'aime avoir peu de gens autour de moi pour que tout ne parte pas dans tous les sens, pour l'unité d'un album, mais des gens sur la même longueur d'ondes tant musicalement qu'humainement, et de confiance ! Avec le temps je suis certainement devenu encore plus exigeant sur ce point. C'est très important d'être bien entouré et non trop entouré, ça n'a malheureusement pas toujours été le cas dans certaines périodes d'Indochine.


IP : Dans les années 80 vous avez écrit et composé des chansons pour Susan George B., Brigitte Gasté et Arielle. A quelle discographie avez-vous participé auprès des chanteuses cités?

-Dom : Avec Brigitte Gasté pour l'album Imposture, j'ai composé les musiques des titres suivants: Voyage, Tous les Mêmes, Fête sauvage et Kin' Chicago.

Bibi Flash - Fête Sauvage

J'ai travaillé avec Susan George B. sur un single et maxi 2 titres. Il s'agissait d'un cover de "These Boots are made for walking" et une composition de moi et texte de Susan "Mortal Flesh Desire".

Susan George B. - These Boots are made for walking

J'ai aussi collaboré avec Arielle. J'ai participé à la composition et joué sur le titre  "Sainte Thérèse d'Avila" du Single et Maxi d' Arielle.
Single Sainte Thérèse d'Avila

IP : Ensuite, nous arrivons dans les années 90. Vraiment quelle a été votre raison principale pour quitter Indochine ?

Je ne tiens pas à entrer dans des détails « croustillants » sur ce genre de choses, je suis de nature réservée. Je l'ai fait quelques fois car la notoriété du groupe est telle que je devais le faire.

On a tellement reçu du public qui achetaient nos albums et venaient nous voir en concert même dans les 90's quand les radios boudaient les nouveaux titres.

J'ai dit que la raison de mon départ n'était en rien liée au fait qu'Indochine vende un peu moins que dans la décennie 80 mais que ce sont mes différences de points de vue avec Nicola sur des valeurs de la vie qui sont essentielles pour continuer à faire de la musique ensemble.

Nous ne voyions plus les choses de la même façon, je suis toujours resté attaché aux idéaux que nous avions au début du groupe et c'est pour ça d'ailleurs que je suis heureux d'avoir retrouvé ça pour travailler sur mon album solo.

Nos divergences avec Nicola n'étaient en rien musicales mais humaines. Voilà, après pour les détails je crois fermement que la musique est faite pour apporter aux gens du rêve, des sentiments, de l'évasion, pas des potins de bas étage et des salissures.

Même si mon silence a pu parfois me desservir car seule une partie de l'iceberg était médiatiquement visible et connue, ça m'a blessé souvent quand certaines personnes prenaient partie sans en connaître les tenants et les aboutissants, mais si j'estime normal de ne pas me laisser duper et de défendre tout le travail que j'ai mis dans Indochine durant 15 ans. Je suis néanmoins quelqu'un de respectueux et droit, je hais les coups bas et essaye dans la mesure du possible de ne pas en faire.

Mes proches savent combien j'y attache de l'importance et combien toutes les attitudes sales m'attristent et me minent. Mais si j'attache de l'importance au respect de ma personne, je ne pense pas en revanche être quelqu'un de rancunier, je reste méfiant sur les personnes en qui je n'ai pas confiance mais je n'y pense pas en dehors, c'est ce qui me permet de pas être amer, sinon je ne me reconnaîtrais plus et ne retrouverais ni fraîcheur ni spontanéité pour composer.

L'amertume n'est pas du tout pour moi un moteur. La joie, la tristesse et la mélancolie oui.

IP : Pour finir avec Indochine, depuis 1994 jusqu’à maintenant deux décennies  sont passées, pendant cette période, Est-ce qu'il y a eu une intention,  par vous même ou pas, de retourner au sein du groupe Indochine ? Pourrat-on vous voir sur scène a nouveau, avec Indochine dans les années à venir?

-Dom : Non, je crois qu'il faut savoir préserver les belles choses qui ont existé, et comme une sorte d'hommage, savoir aussi les laisser reposer en paix. Après on ne peut jamais dire « jamais », mais à ce jour, je ne vais pas mentir, je n'éprouve pas l'envie de remonter sur scène avec Nicola ni de collaborer d'aucune façon. Nous ne cherchons plus il me semble les mêmes plaisirs dans la musique au delà de notre culture et de nos goûts musicaux qui ont bien évidemment encore de nombreux points communs.

IP : Ensuite dans les années 2000, vous avez réalisé des documentaires, mais nous ne parlerons pas sur ce sujet dans cette opportunité. Puis nous avons arrivé en 2010. Donc on va parler sur votre premier album Solo. Effectivement, depuis l’été dernier, alors que presque tout le monde était en vacances, vous êtes en studio en plein travail pour enregistrer votre album Solo. Quelques extraits et démos sont déjà sur votre site. Pourriez-vous nous dire combien de chansons y trouverat-on, pouvez vous aussi nous dévoiler le nom de l'album?

-Dom : Il y aura environ entre 12 et 14 morceaux sur la tracklist finale. Pour son titre, j'ai des pistes mais rien encore de définitif... Ca ne va pas tarder, j'y réfléchis.

IP : Comment décririez-vous cet album ?

-Dom : Cet album mêlera tout ce que j'ai toujours aimé écouter, composer, et il ressemblera aussi à l'homme que je suis aujourd'hui à l'âge que j'ai. J'espère ne pas trop avoir changé mes idéaux musicaux et idéologiques...

Je verrai ce qu'en disent les gens à sa sortie. Mais je suis déjà très touché de voir à quel point les 1ers extraits démo mis en ligne sont bien accueillis. Ca me touche forcément. Je sais que certains m'attendent aussi au tournant, c'est inévitable j'imagine avec le passif d'Indochine et le succès et l'impact que le groupe et les vieux morceaux ont encore aujourd'hui.

Et puis je me fais plaisir avec ce disque, tellement plus encore que je ne l'aurais pensé avant de le commencer il y a environ 2 ans car, à l'exception de 2 ou 3 titres dont j'avais déjà les musiques on est quasiment reparti de zéro avec No (Noël Matteï) quand on a réalisé à quel point l'alchimie entre nous fonctionnait et combien l'unité sur l'album serait forte.

J'ai eu des idées plein la tête, les chansons arrivaient toutes seules, tout le temps et même là où je suis en studio j'ai des compositions qui arrivent. Mais bon la priorité est de finir l'enregistrement et de sortir le disque maintenant, il faut savoir mettre un point final à certaines étapes pour avancer quitte à y revenir plus tard.

Contrairement à ce que je peux lire parfois, je n'ai pas mis 10 ans à faire cet album, les choses sont beaucoup plus simples que ça. J'ai fait un projet solo électro instrumental en 2004 qui me plaisait beaucoup et que je devais sortir mais finalement plus il aboutissait et plus je trouvais que pour un premier album solo, ça ne me ressemblait pas suffisamment et que ce n'était pas ce que j'avais envie de donner aux gens. J'aime surtout faire des chansons.
Nicolas Dominique/Photo : Dominique (2013)

C'est là que tout mon travail prend son sens pour moi. Donc j'ai laissé ce projet en sommeil et en 2010 j'ai décidé de me remettre au travail et de mettre à profit, en terme de son uniquement, ce que mes compositions de 2004 m'avaient apporté. C'est là que j'ai écrit des chansons comme Mon Rêve ou Tony B. Mais si je savais exactement où j'allais musicalement il me manquait une unité textuelle dans les propositions que j'avais, il y avait des trucs bien mais j'attendais au fond des choses assez précises même si ce n'est pas moi qui écris les textes. 

J'avais besoin de travailler sur un projet solo mais comme dans un groupe. La rencontre avec Noël Matteï -ex chanteur leader de Madinkà- à été un révélateur, l'alchimie entre ses textes et mes musiques a tout de suite fonctionné, les thèmes de No collent parfaitement à mon personnage et à mon univers, il a écrit des textes que j'assume complètement et leur double lecture laissera à chacun la possibilité d’y trouver des sens différents.

Venant tous les deux d'un groupe nous avons travaillé à la manière Rock’n’Roll en ne prenant que les bons cotés esprit de groupe tels que les échanges et dialogues, sans les tensions que génère le travail avec un groupe de plusieurs personnes…

Au final la composition-écriture aura été un agréable moment dans ma vie de musicien. Avec des séances de déconnades même s’il y a eu un maximum de travail entre les pré-productions maquettes et l'enregistrement final qui se fera en janvier 2014 à Bruxelles.

Extrait/Démo de Mon Rêve
Extrait/Démo de Tony B.

IP : Dans votre album que bientôt sera disponible, pouvez- vous nous dire avec qui vous avez travaillé ? Combien de chansons ont été écrites par vous-même ?

-Dom : Pour cet album j'ai travaillé en binôme avec No qui a écrit tous les textes, excepté un.
Il y a 2 titres en duo dont un avec ma fille, je ne veux pas en dire plus ni trop détailler, pour laisser la surprise …

L'album comportera entre 12 et 14 titres dans la tracklist, j'ai composé, joué et programmé les 14 titres.  Pour info il n'y a pas d'autres musiciens à part moi, j'ai chanté sur tous les titres ce qui est nouveau pour moi, j'appréhendais un peu ce moment ou l'on enregistrerait mes parties vocales, mais au final les sessions enregistrement des voix se sont bien déroulées.

Noël a fait quelques chœurs avec moi ainsi que les filles sur des titres. L'album est dans un style Électro Pop Twang aux influences 80 indies, en passant de Kaftwerk à The Clash, on y retrouvera des sonorités indo, MK1 y le son 2014.

IP : Où sont enregistrées?

-Dom : Pour la conception de l'album, les maquettes ont été faites en home studio chez moi, puis l'enregistrement en studio pro. Tout cela se sera au final étalé sur une période de 2 années.

IP : Pour quand exactement est prévue la sortie ?

-Dom : La sortie commerciale de l'album solo se fera en 2014 avec en premier un single ensuite un EP 4 titres puis l'album...

IP : Est-ce qu’il aura des concerts avec votre album Solo ?

-Dom : Il y aura des concerts, une tournée est prévue pour 2014 et devrait débuter quelques mois après la sortie de l'album Solo. 

 IP : Et en dehors de la France?

-Dom : En prévision une trentaine de dates en France, ainsi que quelques dates en Belgique et Suisse. Et pourquoi pas des dates au Pérou si c'est possible d'y aller...

IP : Et quand sera le début de la tournée?

-Dom : Tout est en train de s'organiser et de se mettre en place, l'équipe à commencé son travail que ce soit graphiste, management etc. 

IP : Finalement, M. Dominique, je vous remercie infiniment pour répondre à mes questions. Et je vous transmets aussi le bonjour d’Indochine Peru et de tous les péruviens qui seront heureux de prendre des nouvelles de vous.

-Dom : à bientôt en el 2014. Viva el Perú!

Note :
*Lire : http://www.indochineperu.com/2013/05/indochine-es-indochina-25-anos-del-tour.html

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